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Sous
la direction de
Liana Nissim
Maison
d'édition
Cisalpino - Istituto
Editoriale Universitario, Milano
Date
de publication
n°
2 (2002)
Nombre
de pages
317 |
Le
deuxième numéro de Ponts/Ponti a comme titre «
Bestiaires » et se consacre à l’image des animaux,
réels et imaginaires, perçus de plusieurs points
de vue : poétique, romanesque, linguistique et zoologique.
Ce qui ressort des différentess études est l’idée
que les animaux constituent un lien entre le passé et le
présent, entre la simplicité de la vie rurale d’antan
et le progrès moderne, et se présentent comme les
gardiens d’une mémoire ancestrale.
Dans
Noir et monstrueux de taille. L’orignal de l’Amérique
francophone, Marco Modenesi nous présente l’élan
canadien, bête énorme liée au grand espace
du Nord, animal à la fois fantastique et formidable qui
instaure le lien entre une nature démesurée et exubérante
et une culture née du travail de la société
humaine. L’orignal et l’homme sont donc des antagonistes,
qui luttent pour le pouvoir et pour la suprématie sexuelle.
Cet état de conflictualité pourrait expliquer l’usage
très répandu au Canada de la chasse à l’élan.
L’orignal acquiert, dans les œuvres des romanciers
canadiens, une dimension quasi mythique de par le fait qu’il
s’agit d’une créature qui semble être
venue d’un autre âge et qui en même temps attire
et terrorise l’homme.
Le
deuxième article, Sur le Bestiaire poétique de Léopold
Sédar Senghor de Jean-Marc Moura, transporte les lecteurs
dans une autre dimension, celle des Éthiopiques et des
Nocturnes du célèbre poète africain. Les
animaux de Senghor, d’ailleurs omniprésents dans
son œuvre poétique, ont le privilège de relier
la dimension mythique et la quotidienneté, étant
à la fois les représentants de l’univers africain
mais pouvant être immédiatement compris des lecteurs
étrangers. Ces animaux sont l’image de la beauté
du monde, représentant par exemple la femme, et acquièrent
aussi une dimension religieuse, en tant qu’animaux totem.
Le meilleur chasseur est en effet le sorcier le plus puissant.
L’article
de Ettore Tibaldi intitulé L’éléphant
éclaté sort du domaine des lettres et nous introduit
dans celui de la zoologie et de l’économie. La question
qui se pose concerne l’importance de sauvegarder la vie
sauvage dont peut découler un profit économique,
par le biais d’un usage responsable et moral.
Dans
« Pourquoi les fourmis aiment-elles le sucre », le
bestiaire dans l’univers symbolique de Haras de Femmes d’Amin
Zaoui, Anna Maria Mangia nous présente le dernier roman
de Zaoui, dans lequel les animaux sont chargés de valeurs
symboliques. Chaque personnage correspond à un animal et
cette relation entre homme et bête vise à prôner
le retour à une dimension ascétique et à
un sentiment religieux authentique, qui n’est certainement
pas celui qui règne dans la cité d’Allah le
Beau. Dans ce roman le contraste entre nature et culture s’accentue,
il culmine lorsque les femmes perdent leur faculté d’engendrer,
mais à la fin il se résout sur l’image du
poisson de sable, être hybride créé par le
protagoniste, symbole de la réhabilitation à l’enfantement
et donc d’un retour aux sources.
Dans
Bestes y errent, Pierre Lexert, auteur lui-même d’un
bestiaire intitulé AbèCèdaire sentimental
(Aoste, Musumeci, 1984) nous présente des bestiaires littéraires
peu connus. C’est alors que sur les pages prennent forme
les vers de NORGE, de Madeleine LEY, de Marcel LE HAYE et de Lucienne
DESNOUES, qui ont en commun de conférer à leurs
créations une dimension fortement ludique.
Le
dernier essai de la première partie est consacré
aux Bestiaire et Métamorphoses d’Eugène Savitzkaya.
Laurent Demoulin nous présente les trois moments principaux
de l’œuvre de cet écrivain belge. Le premier
moment, poétique, est animé par l’idée
que chaque objet possède une double identité et,
de cette façon, les animaux présentés renvoient
toujours à autre chose qu’à eux-mêmes,
selon des lois d’associations mentales différentes.
La deuxième période est plutôt romanesque,
se divisant à son tour en deux moments, celui de l’imaginaire
enfantin et celui de l’âge adulte. L’auteur
se concentre principalement sur deux types d’animaux, ceux
de la ferme et les grands félins. La dernière phase
est celle de la maturité, où Savitzkaya présente
surtout des histoires conjugales qui ne déterminent pas
du tout la fin du bestiaire.
Ce qui ressort de cette riche analyse est que pour cet écrivain
les animaux représentent les compléments et les
contrepoints aux humains dont il brouillent l’identité
(p. 80). Cette idée se retrouve tout au long de son œuvre.
La
deuxième partie de Ponts/Ponti est consacrée aux
études linguistiques. Dans Les animaux figés en
structure comparative, étude contrastive québécois/français
des expressions zoomorphes comme C, Cristina Brancaglion s’intéresse
aux locutions zoomorphes dans le contexte du français parlé
au Québec. Au cours de cette analyse contrastive, ressort
la variété diatopique internationale du français
(p.83). L’essai est complété par des annexes
très intéressantes et une riche bibliographie.
Sara
Vecchiato dans “Se mettre en beau joual vert”, un
bestiaire québécois, se concentre sur les problématiques
de l’analyse des expressions animalières, en particulier
sur la façon d’aborder avec les québécismes
et les expressions désuètes. Il en ressort que ces
expressions sont l’image d’un monde rural canadien
qui n’existe plus et qu’elles retracent la mémoire
et la sagesse d’antan.
En
ce qui concerne la partie des Inédits, la revue propose
une série de textes de Paul Matthieu, écrivain luxembourgeois,
intitulés Dragons de papier, symboles de l’empereur
chinois, construits sur un rythme 9 x 9 x 9, qui exprime le yang.
Sous
le titre Les tresses de la pintade est par contre recueillie une
suite de contes racontés par les habitants de Tanlili,
un village du Burkina Faso situé dans l’Afrique Occidentale.
Ces textes, provenant de la tradition orale, ont été
racontés en langue moori et traduits simultanément
par un villageois, dont la traduction a été gardée
dans l’édition. Ces contes, mémoire de ces
gens, ont des animaux pour protagonistes et délivrent tous
un message moral édifiant, prônant l’auditeur
à la sagesse.
La
partie finale, Notes de Lecture, divisés en différentes
domaines (Études linguistiques, Francophonie Européenne,
Francophonie du Maghreb, Francophonie de l’Afrique Subsaharienne,
Francophonie du Québec et du Canada, Francophonies des
Caraïbe, Œuvres Générales) montre un vaste
aperçu sur les dernières publications concernant
la francophonie, et représente un instrument fondamental
pour se tenir à jour dans le monde de la francophonie qui
bouge sans cesse.
A.M.
Scanu