| |
Sous
la direction de
Liana Nissim
Maison
d'édition
Cisalpino - Istituto
Editoriale Universitario, Milano
Date
de publication
n°
1 (2001)
Nombre
de pages
285 |
La
revue Ponts – Ponti se propose de constituer un lieu de rencontre
mais aussi de « connaissance, reconnaissance et de confrontation »
(p.8) des cultures francophones à travers la publication d’études
critiques, de textes inédits et un répertoire de notes de lecture
concernant des œuvres linguistiques, littéraires et culturelles
des différentes francophonies. Ainsi, cette revue s’avère un outil
extraordinaire pour faire le point sur l’état des littératures
francophones dans le monde.
Le
premier numéro, consacré au thème des Enfers présente d’abord un
article de Liana Nissim sur Les enfers québécois de Jacques Ferron.
Nissim analyse l’œuvre de cet auteur pour affirmer que la religion
compte encore dans l’imaginaire et dans la culture du Québec. Même
si la position de Ferron par rapport à la religion catholique « garde
une ambivalence profonde » (p.12), la Bible constitue l’intertexte
fondamental de son œuvre et le sacré est l’un des thèmes de choix
de ses ouvrages, souvent axés sur le mervelleux chrétien où toute
l’imagerie catholique – y compris le Diable et son Enfer, « pour
lesquels Ferron manifeste une très grande sympathie » (p. 13)
–, y trouve sa place.
Marco
Modenesi, dans Passage au pays des vaches bleues : la traversée
du Royaume des Ombres dans Ti Jean l’horizon étudie ce roman
de Simone Scwarz-Bart, qui est à la fois aventure extraordinaire
et voyage initiatique. Il s’agit d’une histoire de sorcellerie qui
puise ses racines dans les profondeurs de l’imaginaire
et de la culture créoles aussi bien que dans les traditions
orales caraïbes. Ce texte complexe, nous dit l’auteur, offre au
lecteur un univers d’accès difficile mais fascinant qui racconte
l’epopée de Ti Jean, qui, avalé par une bête, entre dans le Royaume
des Ombres, « expression iconographique d’échos et de croyances
africaines et antillaises » (p. 41) d’où il resortira renforcé
et renouvelé car ce royaume sera aussi un parcours bénéfique.
Cent
jour en enfer. L’imagerie infernale dans les textes pour le Rwanda,
de Silvia Riva se propose de présenter une série de récits consacrés
au génocide du Rwanda, « qui sont plus nombreux qu’on ne le
croirait et tous crient au scandale de l’oubli » (p.45). Dans
tous ces textes, l’imaginaire puise aux sources infernales qui se
trouvent dans les domaines privé et public. Riva souligne qu’il
s’agit de textes que ne prétendent pas servir comme argument à des
finalités politiques mais qui servent à rappeler ce qui s’est passé
en cent jours un été de 1994 dans le monde « que est notre
enfer » (p.53).
Alessandra
Ferraro nous parle des images infernales de la société algérienne
avec L’enfer sur terre de Yasmina Khadra. Les récits de Khadra,
qui écrit en Algérie sous pseudonyme, sont marqués par la situation
d’un pays où l’obscurantisme et la violence des fondamentalistes
« côtoient la corruption et l’immoralité d’une classe dirigeante
arrogante et soupçonnée de connivence avec les intégristes »
(p.55). L’auteur analyse le passage de l’enfer algérien à l’enfer
romanesque de cet écrivain dont les romans évoquent l’enfer dans
la description des scènes atroces des assassinats mais aussi des
conditions matérielles misérables dans lesquelles vit la plupart
de la population.
Allégorie
de l’enfer et réecriture du mythe dans Au
pays des morts de Habib Tengour, de Anna Maria Mangia revient
sur la scène algérienne qui « ne peut être mieux métaphorisée
que par l’mage de l’enfer » (p.69). La poésie de Tangour transpose
l’univers symbologique de l’enfer dans l’Algérie de nos jours et
de cette transposition il en résulte plusieurs enfers. Cette métaphore,
dit l’auteur, occupe une place considérable dans la production littéraire
algérienne des dix dernières années.
Dans
L’Enfer au Val d’Aoste : René Alby traducteur de Dante,
article de Rosanna Gorris Camos, l’auteur analyse la traduction
au français de l’Enfer de Dante, qui s’avère un « témoignage
patent de la qualité perdue du français du Val d’Aoste » (p.131).
Bien que l’histoire de Dante en France et dans plusieurs pays francophones
soit l’histoire d’une absence, selon l’auteur, il est vrai que certaines
périodes littéraires de l’histoire littéraire française, que Gorris
décrit, sont connotées par une forte présence dantesque.
Après
avoir examiné de façon succinte l’œuvre de plusieurs écrivains français,
l’auteur affirme que Alby est le vrai interprète de Dante car ce
poète a su cueillir « les signaux que le pèlerin de Dieu a
lancés à sa postérité » (p.131).
Ponts
inclut également une section consacrée à l’étude de la langue française :
Etudes linguistiques, où Maria Colombo Timelli réfléchit sur la
place que prend la francophonie et examine les ouvrages qui traitent
de la langue française dans Les études linguistiques : Francophonie
et Histoire (s) de la langue française . Un bilan des dix dernières
années (1990-2000). Une deuxième section intitulée Inédites,
présente des écrits brefs sur les Enfers par Nicole Brossard, poète
et romancière québécoise et Tahar Bekri, spécialiste des littératures
maghrébines.
Quant
aux notes de lecture, cette revue annuelle offre un vaste aperçu
des francophonies européennes, du Maghreb, de l’Afrique subsaharienne,
du Québec et du Canada et des Caraïbes, ce qui fait de cette publication
un cadre de référence pour tous ceux qui s’intéressent aux littératures
de langue française
A.
Pano
|